Comment j’ai failli abandonner d’écrire sur la protection des océans

Connaissez-vous la légende du colibri ?

Un jour, un terrible incendie se déclara dans la forêt. Effrayés, tous les animaux fuirent leur maison et se sauvèrent de la forêt. Alors qu’ils arrivaient au bord d’un ruisseau, ils s’arrêtèrent pour regarder le feu et se sentirent abattus et impuissants. Ils déploraient tous la destruction de leur maison. Chacun d’entre eux pensait qu’il ne pouvait rien contre l’incendie, à l’exception d’un petit colibri. Ce colibri décida de faire quelque chose. Il plongea dans le ruisseau et préleva quelques gouttes d’eau dans son bec avant de se rendre dans la forêt et de les verser sur le feu. Puis il retourna au ruisseau et refit la même chose, puis il continua, encore et encore, et encore. Tous les autres animaux le regardaient avec incrédulité ; certains essayèrent de décourager le colibri avec des commentaires tels que « Ne t’embête pas, cet incendie est trop important, tu es trop petit, tes ailes vont brûler, ton bec est trop petit, ce n’est qu’une goutte d’eau, tu ne peux pas éteindre ce feu . » Et tandis que les animaux discutaient des efforts vains du petit oiseau, le colibri remarqua à quel point ils étaient désespérés. Puis l’un des animaux cria et le défia d’une voix moqueuse : « Qu’est-ce que tu crois que tu es en train de faire ? » Et le colibri, sans perdre de temps, ni un battement d’ailes, se retourna et dit : « Je fais ma part. »

A l’automne dernier, lors d’une soirée de networking, au cours d’une conversation, quelqu’un a mentionné que j’étais un peu comme ce petit colibri, alors que j’expliquais mes motivations derrière mon blog. Bien que c’était un compliment, cela m’a toutefois déprimé. Alors que je voulais écrire un article sur la protection des océans, il m’aura fallu 6 mois pour écrire cet article.

« Mais … je suis un peu plus qu’un colibri, je devrais être capable de faire plus … »

L’été dernier, alors que je scrutais la mer aux jumelles pour comptabiliser et identifier les dauphins avec le biologiste marin Kimon dans le Parc National d’Alonissos en Grèce, je lui ai demandé :  » Comment définis-tu les objectifs de ton travail ?  » Il m’a répondu que son travail consistait principalement à passer de longues heures en mer à la recherche de cétacés, en consignant quand, où, quel individu et quel type de comportement. Ensuite, un long travail d’analyse commence pour dégager des tendances à partir de la grande quantité de données collectées. Ces informations scientifiques serviront ensuite à éduquer le grand public et surtout, si possible, à influencer les décideurs politiques.

La scientifique en moi était tout à fait satisfaite d’une procédure aussi cartésienne, mais la blogueuse en moi, trépigne de passer à l’action, pour qu’avec un peu de chance vous ayez envie d’en faire de même. L’écriture peut être un moyen de communication puissant lorsqu’on trouve les mots justes et qu’on arrive à toucher une corde sensible chez son audience.

Mais qui suis-je pour dire aux autres quoi faire ? Je ne suis pas un modèle à tout point de vue. Mon mode de vie est encore loin d’être l’exemple ultime du véganisme, zéro déchet ou zéro émission de carbone.

Dois-je écrire à ce sujet ? Puis-je écrire à ce sujet ?

Devrais-je simplement me contenter de publier un autre de ces articles qui liste des idées de mode de vie durable sans pour autant prendre de vraies mesures ? Suis-je un imposteur ? La solution est-elle de mettre fin à toute forme de projet ou de voyage, de simplement retourner vivre dans une grotte pour répondre aux éventuels détracteurs ?

Sans prétention de détenir la vérité sur ce sujet bien vaste, cet article se veut juste le résumé de mon parcours pour faire un peu mieux chaque jour pour notre planète et nos océans. Si vous le souhaitez, servez-vous en pour prendre ce qui vous semble le plus facile pour commencer, ou si vous avez déjà commencé, identifier la prochaine étape.

Ce que j’ai commencé à faire en mode colibri

Ma première expérience de projet de science participative en Écosse en 2016 m’a permis de découvrir que la protection des océans pouvait être une activité ludique

  • Etudier la question du changement climatique et la réglementation environnementale : En 2006, lors d’un stage en énergie solaire, j’ai réalisé que mes études d’ingénieur pouvaient avoir un impact positif si je les utilisais à bon escient. Après un second stage en hydroélectricité, j’avais acquis avec une meilleure compréhension des principales causes du réchauffement climatique. Du point de vue des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, il est intéressant de noter que l’Union européenne vient en troisième position (10%), juste derrière la Chine (27%) et les États-Unis (14%). Toujours en Europe, contrairement aux idées reçues, les trois principaux secteurs où les consommateurs ont un impact direct sont le transport routier (18%), la consommation d’énergie des maisons (14%) et l’agriculture (9%), tandis que l’aviation est bien en deçà avec un impact de 3%. Après des années en développement de produit dans les énergies renouvelables, j’ai finalement trouvé ma voie dans la réglementation environnementale européenne. Cela m’a appris que nous ne devrions jamais perdre de vue que si réduire notre empreinte carbone au niveau individuel est une bonne chose, il est impératif de passer par une voie légale contraignante au niveau des Etats. Les grandes entreprises internationales ne bougent pas sans y être obligées.
  • S’engager à être une plongeuse responsable : Dès le premier jour de mon Open Water, j’ai entendu mes instructeurs me dire sans cesse « On ne laisse aucune autre trace que des bulles ». Alors qu’il me semblait que c’était assez évident, j’ai vite découvert que c’était loin d’être une évidence pour tout le monde, débutants comme plongeurs expérimentés. J’ai vu des guides de plongée qui se moquaient pas mal que des plongeurs détruisent le corail à coup de palme à cause d’une mauvaise flottabilité ou qui, pour recevoir un pourboire, n’hésitent pas à nourrir ou à harceler les animaux pour que leurs clients puissent prendre de meilleures photos. Plus je plonge, plus je constate que, malheureusement, tous les plongeurs ne sont pas encore des ambassadeurs de l’océan. On peut néanmoins commencer à faire mieux à tout moment. L’association française Longitude 181 a fait un excellent travail en résumant toutes les meilleures pratiques de la plongée responsable en 10 langues. Consultez la charte internationale du plongeur responsable : du travail sur sa flottabilité au choix d’opérateurs touristiques responsables, je suis d’accord avec 100% de ce qui est écrit. Si vous aussi, partagez-la avec vos amis !
  • Changer quelques habitudes dans ma vie de tous les jours : Tout a commencé par un sac en tissu réutilisable pour faire mes courses et ne plus manger de viande rouge à la maison il y a quelques années. Aujourd’hui, j’emporte toujours mes sacs réutilisables et ma gourde, et je suis devenue une végétarienne/flexitarienne qui n’aime pas trop les étiquettes et fait juste de son mieux. J’aimerais me vanter d’une transition sans faille vers un mode de vie végétalien, mais la vérité est qu’il faut du temps pour s’adapter. Les progrès que j’ai réalisés en 2 ans sont déjà surprenants et encourageants. Les ingrédients de délicieuses recettes végétariennes font désormais partie de ma liste de courses habituelle. Je dois dire que c’était un peu plus facile au Royaume-Uni qu’en France, mais les choses changent progressivement ici aussi.
  • Participer à des projets de science participative : Les projets de protection des océans m’intéressent depuis longtemps, mais en fait, je ne savais pas vraiment en quoi ils consistaient. Le meilleur moyen de commencer est généralement de chercher des opportunités de bénévolat. Aucun projet n’est trop petit quand on part de zéro. Lorsque j’ai découvert Capturing our Coast en Écosse, c’était le point de départ idéal. En quelques mois, j’ai découvert ce qu’était la science participative, appris à différencier de nombreuses espèces marines côtières telles que des algues, des coquillages et des crabes, pratiqué la méthode du transect et du quadrat, et procédé à la saisie des données qui seront analysées par les biologistes marins. L’été dernier, c’est un type de transect complètement différent que j’ai suivi avec MOM en Grèce, car au lieu de suivre le rivage, j’étais sur un bateau en pleine mer pour procéder au comptage et l’identification de dauphins. En seulement un jour, j’ai appris que la protection marine était bien plus difficile qu’on ne le pense (scruter la mer pendant des heures sans s’endormir n’est pas facile).

Ce qui m’angoisse et me décourage (parfois)

Shore Diving Two Steps Refuge Scuba diving Big Island Hawaii

La vague de chaleur El Niño de 2016 a fortement touché les récifs de corail de Hawaii, c’est ce qu’on appelle le blanchiment des coraux – photo prise en octobre 2017 à Honaunau, Big Island

  • Les faits alarmants : Lors de la sortie du film « Une vérité qui dérange » en 2006, tous les faits étaient déjà clairement exposés. Cependant, il semble que nous, les humains, ne pouvons pas croire les faits avant d’en subir les conséquences. Combien faudra-t-il d’autres ouragans Irma ou de typhons Haiyan pour que le message passe ? En novembre dernier, 15 000 scientifiques ont signé une lettre ouverte qui constitue un dernier appel à l’humanité. Leur message est clair : si nous voulons survivre, nous devons de toute urgence réduire notre consommation de combustibles fossiles, avoir moins d’enfants et réajuster notre alimentation. Lorsque vous savez que l’océan absorbe 93% du réchauffement planétaire, la tendance à la hausse de la température des océans présentée dans le documentaire «Chasing Coral» donne le vertige. Cela présage un avenir sombre où nous n’aurons peut-être plus de récifs coralliens dans 10 ans en raison d’épisodes de blanchiment trop fréquents. Pire, cela va aggraver le rythme du changement climatique car les récifs coralliens transforment le CO2 en oxygène tout comme les arbres. Au-delà de la hausse des températures, face à la surpêche et à la crise des déchets plastiques, les scientifiques pensent qu’il y aura plus de plastiques que de poissons dans les océans d’ici 2050.
  • Politique et contradictions des ONG : Alors que je cherchais comment je pouvais apporter ma contribution, j’ai commencé à parler avec quelques associations environnementales, petites et grandes. Ce que j’ai découvert était mêlé de politique et m’a choqué. Une petite association a refusé de m’informer de sa future campagne de sensibilisation à la pollution plastique des océans car elle craignait qu’une grande ONG ne leur vole leur idée. La guerre des financements entre ONG est réelle et ce n’est pas beau à voir. Cela amène également certaines ONG médiatiques à organiser des actions contre-productives qui feront bonne figure dans les communiqués de presse. Je ne parle même pas des scandales financiers ou sociaux. Le fait que personne ne s’entende sur les mesures à prendre pour améliorer la situation entraîne la multiplication des ONG au lieu d’unir leurs forces et de travailler ensemble. Je veux bien aider, mais seulement si l’organisation peut démontrer qu’elle travaille dans le meilleur intérêt de tous et pas seulement pour que les dons continuent d’affluer.
  • Greenwashing & Volontourisme : Ou comment prétendre faire du bien pour vendre plus. Des enseignes de cafés affirmant utiliser du café équitable, mais ayant un impact considérable sur la pollution plastique, aux faux orphelinats où des enfants sont enlevés à leur famille pour conserver un afflux constant de touristes occidentaux à la recherche d’une image pour leurs médias sociaux, ou encore aux projets frauduleux de protection des tortues, les organisations qui font plus de mal que de bien ne manquent pas. Il y a bien sûr de vraies organisations qui font du bon travail, mais il est assez dégoûtant de se rendre compte qu’il est nécessaire de réfléchir à deux fois avant de dépenser son argent, car nos bonnes intentions et notre culpabilité sont devenues un marché juteux.

Pourquoi je garde espoir malgré tous ces problèmes

Visite de l’exposition « a Ray of Hope » au Scottish Seabird Centre à North Berwick, en Écosse

  • Les choses qui se sont améliorées au cours des dernières décennies : Dans l’Union Européenne, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 22% en 2015 par rapport au point de référence de 1990. Cependant, il est vrai que c’est la seule région du monde à avoir connu une amélioration significative à ce jour. La part de l’énergie produite à partir de sources renouvelables augmente (l’UE est en passe d’atteindre son objectif de 20% de part des sources d’énergie renouvelables pour 2020 avec 17% en 2015), alors que les citoyens exigent une énergie plus propre et une meilleure sécurité de son approvisionnement. D’autre part, le nombre d’aires marines protégées a considérablement augmenté, même si cela ne suffit pas encore, passant de 0,7% en 2000 à 6% en 2017 de la surface totale des océans. La cible est d’atteindre 10% d’ici 2020 et de 30% d’ici 2030.
  • Le pouvoir insoupçonné de l’approche pas à pas : Chaque fois que quelqu’un vous donne un conseil d’ordre écologique, c’est ok de ne pas le mettre en œuvre immédiatement, pas de pression, prenez votre temps pour voir comment vous pouvez l’intégrer dans votre quotidien. « Lors de l’ascension du Kilimandjaro, ne visez pas le sommet mais la première base ». Travailler de cette façon peut vous mener plus loin que prévu pour n’importe quel nouveau défi de votre vie. Avant d’arrêter de manger de la viande, je me sentais tellement submergée par tout ce que j’avais besoin d’apprendre. J’ai longtemps hésité, mais, étape par étape, je sais maintenant quoi acheter et comment adapter mes recettes de cuisine. Ma prochaine étape consistera à réduire considérablement mon empreinte plastique. Si ce n’était pas trop dur dans la cuisine, ma salle de bain ressemble encore à un monstre à dompter, mais je vais finir par y arriver !
  • Etre soutenue par une communauté partageant les mêmes idées : Tout en me sentant submergée par toutes les informations contradictoires que je recevais, le soulagement est venu de mes amis. Je ne suis pas un colibri solitaire. La plupart de mes amis ont également commencé à faire un peu mieux, mais souvent, en commençant par autre chose. C’est génial parce que certains sont bien plus avancés que moi dans la réduction de leurs déchets ou dans le voyage slow, alors que je suis devenue la référence en matière de recettes végétariennes pour mes amis et ma famille. J’ai maintenant autour de moi de nombreux experts qui constituent une véritable tribu réconfortante et motivante à consulter. Vous cherchez à vous faire de nouveaux amis partageant les mêmes intérêts ? Pourquoi ne pas participer au nettoyage de la plage ou du site de plongée le plus proche de chez vous ? Dans notre groupe Facebook « plongée & aventure« , nous discutons aussi souvent des problèmes liés à la protection des océans, rejoignez-nous !

Ce que je vais faire au lieu de baisser les bras

MOm information centre Patitiri Alonissos Greece

Ma deuxième expérience de volontariat à Alonissos, en Grèce, en 2017, m’a permis de comprendre en quoi consiste les actions de protection des océans

Même si ce que je fais est loin d’être parfait, c’est l’approche par petits pas qui m’a permis aujourd’hui de prendre de nouvelles habitudes de façon durable et à faire ma part pour la protection des océans.

Au cours des prochains mois, je souhaite continuer à apprendre comment adopter de nouvelles habitudes plus écologiques et à faire des recherches sur le monde de la protection des océans :

  • Intégrer plus d’astuces zéro déchet dans mon quotidien, à la maison et en voyage
  • Réévaluer ma façon de voyager vers un mode de voyage plus lent
  • Volontariat dans une ONG de protection des océans
  • Continuer à synthétiser et à partager mes découvertes et expériences sur ce blog

Par où commencer quand on veut s’engager ?

A la découverte des sites marins classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en Nouvelle-Calédonie

L’idée principale de cet article n’est pas de vous convaincre de changer radicalement votre mode de vie, ce n’est pas comme ça que ça marche, vous abandonneriez en moins d’un mois.

Prenez votre temps, faites des essais et des erreurs, et surtout, comprenez pourquoi vous le faites. Si vous n’avez pas encore commencé, je vous recommande chaudement de tout d’abord bien vous renseigner en lisant diverses sources ou en regardant des documentaires. Il est essentiel de comprendre au niveau mondial l’évolution du climat, la pollution par les plastiques et la surpêche. Une fois que vous comprendrez clairement les enjeux, vous commencerez naturellement à prendre des mesures étape par étape.

Une fois qu’une nouvelle petite habitude plus écologique fait partie de votre vie, la suivante semblera beaucoup moins intimidante. Choisissez ce qui vous semble le plus facile. Cela peut aller de l’arrêt des sacs en plastique grâce à un sac réutilisable qu’on garde sur soi, en passant par le fait de ne plus manger de viande le lundi par exemple. Peu importe d’où vous partez, l’important est de commencer.

Donc, avant d’essayer de changer vos habitudes, voici quelques documentaires que je vous recommande de regarder (la plupart sont disponibles sur Netflix), ils expliquent clairement ce qui est vraiment en jeu. Vous serez ainsi clairement informés des raisons pour lesquelles nous devons faire de notre mieux, même en mode colibri :

  • Une vérité qui dérange (An inconvenient truth)
  • Before the flood
  • Cowspiracy
  • Mission Blue
  • Chasing coral
  • A plastic ocean

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credit photo de couverture: Ocean Minded 

Posted by Florine

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