Nouvelle-Calédonie : le lagon de tous les espoirs

Lors de ma toute première immersion dans le lagon de Nouvelle-Calédonie, à l’Ile aux Canards, avec simplement mon masque et mes palmes, j’ai vite reconnu quelque chose que je n’avais pas vu depuis un moment: un récif corallien en parfaite santé ! Mes premières plongées dans le nord de Grande-Terre à Koumac une semaine plus tard furent un festival de couleurs et de formes diverses et variées le long de tombants coralliens densément peuplés.

Il est surprenant de noter que le lagon de Nouvelle-Calédonie reste bien méconnu au niveau international alors qu’il bat de nombreux records :

  • une surface cumulée de plus de 40 000km² en faisant le plus grand lagon du monde
  • une barrière de corail qui s’étend sur plus de 1600km, soit la 2e plus grande barrière de corail du monde après la grande barrière de corail d’Australie qui fait 2300km et non celle du Bélize comme fréquemment cite, qui ne fait que 300km, même si on compte la barrière de corail méso-américaine, qui va du Mexique au Honduras sur 1000km
  • plus de 20 000 espèces marines et végétales, avec la présence d’espèces emblématiques et protégées telles que le dugong, les tortues marines et les baleines à bosse, un nombre exceptionnel d’espèces de poissons côtiers (1764 espèces recensées ce qui est bien plus élevé que le reste du Pacifique, en particulier comparé à Hawaï ou à la Polynésie Française), et 400 espèces de coraux.

Alors que les vagues de blanchiment du corail, en particulier en 2016 avec un phénomène d’El Niño renforcé, ont durement touché la grande barrière de corail d’Australie ou encore Hawaï, les récifs coralliens de Nouvelle-Calédonie affichent une santé presque insolente. Pendant 3 mois j’ai collectionné les articles de presse que je lisais, photographié tous les panneaux explicatifs présents aux 4 coins de la Nouvelle-Calédonie et multiplié les rencontres pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette bonne santé du corail et d’un projet de protection sans commune mesure.

Une information trouvée en lisant l’Atlas de Nouvelle-Calédonie édité par l’IRD ( Institut de Recherche et de Développement ) m’a interpellée: pendant les épisodes de réchauffement océanique d’El Niño, les mouvements des masses d’eau chaude couplés aux courants auraient pour effet de faire légèrement baisser la température d’eau autour de la Nouvelle-Calédonie ! Cependant, de toutes les personnes que j’ai pu rencontrer oeuvrant a la protection des écosystèmes marins calédoniens, personne n’est catégorique. La capacité du corail à être plus ou moins résilient pourraient être une autre réponse.

Indéniablement, la prise de conscience collective dépassant les clivages ethniques et les moyens mis en oeuvre pour protéger ce que les calédoniens ont de plus cher m’ont impressionné par rapport à ce que j’ai pu voir ailleurs. Cela reste certainement insuffisant au regard des appels politiques des associations environnementales présentes sur le territoire (WWF, Sea Sheperd, Pew, Caledoclean par exemple), mais cela va néanmoins dans le bon sens, montre l’exemple et donne espoir…

 

Le lagon de Nouvelle-Calédonie: patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 10 ans

Lagon Nouvelle-Calédonie

La barriere de corail du lagon Sud de Nouvelle -Caledonie et l’épave de l’Ever Prosperity vues du ciel, au large de Noumea

Depuis juillet 2008, soit exactement depuis 10 ans à mon arrivée en Nouvelle-Calédonie, les lagons et écosystèmes associés (mangroves & herbiers) de Nouvelle-Calédonie sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Bien que l’UNESCO ait qualifié de «  diversité récifale exceptionnelle » les lagons de Nouvelle-Calédonie, l’intégralité des zones lagunaires n’a pas pu être inscrite. Sur 40 000km², ce sont néanmoins environ 15 700 km² (soit un peu plus d’un tiers) qui sont couverts par ce classement prestigieux et regroupés en 6 zones : le Grand Lagon Sud (de Nouméa à l’Ile des Pins), la Zone Côtière Ouest (autour de Bourail), la Zone Côtière Nord-Est (au large de Poindimié et Hienghène jusqu’à Koumac), le Grand Lagon Nord (autour des Iles Belep), les Atolls d’Entrecasteaux et les atolls d’Ouvéa et Beautemps-Beaupré.

Si l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO ne constitue pas un dispositif de protection en soi, elle est assortie de limites et d’obligations de conserver l’écosystème dans son état de conservation. C’est aussi un argument de poids face aux menaces qui peuvent peser sur cet écosystème fragile. L’activité minière en Nouvelle-Caledonie représente malheureusement un risque alors qu’elle est toujours la principale source de revenu de l’ile. Sans suivi adéquat, la probabilité de se retrouver sur la liste des sites en péril du patrimoine mondial de l’UNESCO est réelle. Par exemple, la Grande Barrière de Corail en Australie risque de bientôt s’y retrouver si le gouvernement australien ne démontre pas suffisamment d’actions pour protéger ce site.

 

Le parc naturel de la mer de corail et les aires marines protégées de Nouvelle-Calédonie

Shark Rift Poe Lagoon Deva Domain New Caledonia

La faille de l’ilot Shark du lagon de Poe vue du ciel, au large de Bourail

Les récifs coralliens vierges ne représentent plus que 1,5% de l’ensemble des récifs coralliens dans le monde et le tiers se trouve en Nouvelle-Calédonie. Un des points les plus positifs du classement au patrimoine de l’UNESCO a été l’impulsion menant à la création du Parc Naturel de la Mer de Corail. Crée le 23 avril 2014 par le Gouvernement de Nouvelle-Calédonie, le parc est une aire marine gérée de près de 1,3 million de km², en faisant le parc marin le plus grand de France et l’un des plus grands au monde. Ses limites démarrent à l’extérieur du lagon de Nouvelle-Calédonie et couvrent la totalité de ses eaux territoriales. Elles englobent les récifs d’Entrecasteaux, les iles Chesterfields, le bassin Nord Loyauté ainsi qu’une large zone en direction de Fidji.

Les aires marines protégées de Nouvelle-Calédonie représentent encore une faible partie des lagons et du parc de la mer de corail, mais leur nombre augmente progressivement. Il existe plusieurs types de réserves naturelles en Nouvelle-Caledonie. Elles sont ouvertes au public mais des règles strictes s’y appliquent comme l’interdiction de pécher depuis 1989. Dans le cas des aires de gestion durable des ressources, leur but est de protéger la biodiversité tout en permettant le développement d’activités touristiques, comme l’îlot Amédée au large de Nouméa depuis 1981.

Les réserves intégrales sont le plus haut niveau de protection en Nouvelle-Caledonie : tout accès et activité y sont interdits et même les expéditions scientifiques sont soumises à autorisation. Depuis le 16 août 2018, 7 000km² d’une partie des récifs d’Entrecasteaux et de Chesterfield-Bellona, ainsi que l’intégralité des récifs de Pétrie et Astrolabe, dans la zone du parc de la mer de corail, viennent de passer sous statut de réserve intégrale.

 

Les baleines à bosses en Nouvelle-Calédonie, des mascottes marines sous haute surveillance

Humpback whale New Caledonia

Photo prise lors de ma croisière baleine début août dans le lagon sud au large de l’ile Ouen, sans téléobjectif c’est difficile de prendre une bonne photo mais l’émotion est bien là!

Le nautile est peut-être l’animal marin emblématique de la Nouvelle-Calédonie, il est malgré tout très difficile à rencontrer sous l’eau. En revanche, la migration des baleines à bosses qui a lieu chaque année de mi-juillet à mi-septembre, en font les véritables chouchous des calédoniens. Chaque « hiver » (rappelez-vous que la Nouvelle-Calédonie est dans l’hémisphère Sud), des baleines à bosse de l’Antarctique viennent s’accoupler ou mettre à bas leurs petits dans les eaux du lagon de Nouvelle-Calédonie. Cette année, la saison s’est terminée avec plus de 400 observations qui ont permis de recenser plus de 300 individus. Depuis 1995, ce sont plus de 1 500 cétacés qui ont été identifiés par les équipes de l’IRD. Le suivi de la migration des baleines est une affaire prise très au sérieux, véritable témoin de la bonne santé du lagon de Nouvelle-Calédonie.

Des croisières en catamaran partent à la journée vers la Baie de Prony et au large de l’ile Ouen (départ a 6 h 30 pour un retour vers 17 h). La journée en mer est agréable car on embarque à bord d’un superbe catamaran mais elle peut paraitre longue (plus de 10h) pour parfois seulement une demi-heure d’observation des baleines. Compte tenu du prix assez élevé de l’activité, je recommanderais de finir d’abord son tour de plongée sous-marine autour de la Nouvelle-Caledonie pendant la saison des baleines avant de réserver. Lors de mon séjour j’ai pu observer 3 fois des baleines mais aussi des globicéphales lors de mes sorties plongée à Nouméa, Koumac et Hienghène entre mi-juillet et fin juillet. Si vous n’avez pas la même chance que moi (cela reste la nature après tout) alors faites une réservation auprès de Calédonie Charter, les sorties baleines en catamaran commencent a 11 500 CPF soit environ 96 €). Je tiens à souligner l’excellent encadrement de ces croisières baleines en Nouvelle-Calédonie, leur charte éthique vise à déranger le moins possible les cétacés avec des règles de distances et de temps d’observation qui sont pour une fois réellement appliquées. Pour information, la mise à l’eau volontaire à proximité des baleines est interdite en Nouvelle-Calédonie.

 

 

Découvrir la beauté du lagon de Nouvelle-Calédonie avec des activités de plein-air accessibles à tous

Bien que rien ne remplace un petit avion ou un ULM pour observer la beauté des lagons à faible altitude pour un point de vue époustouflant sur les camaïeux de bleu et turquoise des lagons calédoniens, plusieurs belles randonnées sont accessibles à tous. Elles permettent de bénéficier de points de vues privilégiés : le sentier du Boé Arérédi au Domaine de Déva avec un point de vue sur faille de l’ilot Shark, le sentier des salines de Kô depuis le relais de Poingam, le sentier des trois baies à Bourail et l’ascension du Pic N’Ga à l’ile des Pins. L’accès à tous ces points de vue est libre et gratuit. La randonnée guidée que j’ai faite vers la passe aux requins au nord d’Ouvea a été aussi l’occasion de profiter de la beauté paradisiaque du lagon de l’ile et de sa longue plage en demi lune ( contacter le syndicat d’initiative d’Ouvéa, 3 000 CPF soit environ 25 € )

Une sortie de plongée sous-marine est clairement ma façon préférée de profiter de la barrière de corail de Nouvelle-Calédonie car cela permet d’en profiter plus longtemps. En revanche, pour alléger un peu son budget subaquatique, on peut profiter des sentiers sous-marins pédagogiques tout autour de la Nouvelle-Calédonie. Accessibles à tous en randonnée palmée, on en trouve au départ de Nouméa, Bourail, Hienghène, l’Ile des Pins, Lifou et Ouvéa.

Voici une liste des réserves marines de Nouvelle-Calédonie qu’il est possible d’apprécier en snorkelling:

  • Au large de Nouméa on peut accéder facilement aux îlots Larégnère, Signal et Canard grâce aux taxi-boats partant de Port Moselle ou de l’Anse Vata. L’Ile aux Canards est une aire de gestion durable des ressources depuis 1989, située à seulement 1km de Nouméa ( 5 minutes de taxi-boat, 1 200 CPF A/R, soit environ 10 € ). Le récif est petit mais 150 espèces de poissons y ont été recensées. Son sentier sous-marin s’étend sur 400m au départ de la plage de l’îlot et a une profondeur maximale de 7m. Il est équipé de 5 bouées pédagogique avec panneau explicatif des espèces marines. Chaque week-end, les bénévoles du centre d’initiation sont présents pour donner des renseignements gratuits sur le sentier sous-marin.
  • Le sentier sous-marin du Domaine de Déva se situe au cœur de l’aire protégée marine de Poé. On y voit de nombreuses tortues et les coraux ont des formes et des couleurs étonnantes tel qu’un massif corallien violet en forme de fer a cheval. Le Domaine de Déva est un parc naturel servant de zone tampon protégeant le lagon de Poé. Le sentier sous-marin est situé à 2,5 km de la plage, aux abords de la barrière de corail du lagon de Poé. Le meilleur moyen d’y accéder est avec le bateau à fond de verre de Poé ( 2500 CPF la sortie de 1 h 30, soit environ 21 € ).
  • L’îlot Hiengha est une aire marine protégée de la Province Nord. Apres une courte traversée en bateau, il est possible de faire la découverte du sentier sous-marin en palmes, masque et tuba, avec Babou Côté Océan, le centre de plongée de Hienghène ( sortie sur une demi-journée à 5 000 CPF, soit environ 42 € )
  • La piscine naturelle de la Baie d’Oro à l’Ile des Pins : la partie principale de la piscine naturelle est un lagon à fond sablonneux à environ 8 m de profondeur où l’on croise de nombreux bancs de poissons scintillants au soleil. La piscine naturelle est séparée de la mer par une petite barrière de corail. Autour des coraux, dans 1m d’eau vous verrez des sergents majors virevolter et de nombreux bénitiers de toutes les couleurs ( Entrée a 500 CPF pour les personnes logeant sur l’ile, soit environ 4 €, les croisiéristes doivent en revanche payer 1 500 CPF ).
  • Le sentier sous-marin de la baie de Jinek à Lifou : J’ai découvert ce site lors d’une plongée de nuit a Lifou et j’ai été étonnée de voir un site beau site corallien plein de vie si près du bord. Accès libre et direct depuis le bord.
  • Le sentier sous-marin de la Pointe de Moulis à Ouvéa : Le site est magnifique et d’une zénitude absolue, je n’ai malheureusement pas pu me mettre à l’eau en raison de grandes marées basses au moment de ma visite. Accès libre et direct depuis le bord.

 

 

Pour apprécier et respecter le lagon de Nouvelle-Calédonie: suivez le guide!

Flock of spotted eagle rays Scuba diving in Noumea New Caledonia

Un ballet de raies aigles léopard près de l’ilot Amédée au large de Nouméa

Si on aime les écosystèmes marins exceptionnels tels que ceux de Nouvelle-Calédonie, alors on note sur sa liste pour ses prochaines vacances:

  • Acheter une crème solaire à base de filtres minéraux ( et non chimiques ) qui ne tuent pas les coraux. Les nombreuses pharmacies de Nouvelle-Calédonie ont en général 2 à 3 références disponibles dans leurs rayons. (J’en profite pour saluer l’initiative datant de ce mois-ci de la société opérant les tours touristiques au phare Amédée qui a mis en place un distributeur gratuit de crème solaire non toxique sur la plage, en espérant que cela sera reproduit bientôt ailleurs!)
  • Protéger les coraux en gardant ses distances et en veillant à ne pas donner de coup de palmes dévastateur ou pire en marchant dessus.
  • Prendre de jolies photos des coquillages ou morceaux de corail trouvés sur la plage mais les laisser sur place.
  • Se souvenir que les poissons et les oiseaux marins n’ont pas besoin de nous pour se nourrir et qu’au contraire on risque de les rendre malades avec ce qu’on pourrait leur donner à manger.
  • S’émerveiller des tortues à distance, leur carapace est recouverte d’un mucus fragile qui les protège d’espèces invasives et que nous pouvons détruire en les touchant.
  • Réduire ses déchets plastiques en utilisant des gourdes en aluminium, des couverts de pique-nique et pailles réutilisables (en bambou par exemple), des tote bags en toile au lieu des sacs plastiques.
  • Se souvenir qu’en Nouvelle-Calédonie, on se rend pas n’importe où sans se poser la question si on est sur les terres d’une tribu et si un geste coutumier est nécessaire pour y accéder. De façon générale, on retrouve cette règle dans toutes les nations de Mélanésie dans le Pacifique (Vanuatu, Papouasie Nouvelle-Guinee, Fiji, Iles Salomon et Nouvelle-Calédonie).

N’hésitez pas à consulter la charte Longitude 181 pour plus d’idées sur comment être un plongeur voyageur responsable!

 

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Cet article a été rédigé en partenariat avec l’Office du Tourisme de Nouvelle-Calédonie et Aircalin. Toutes mes opinions sont personnelles et reflètent honnêtement mon expérience. 

Posted by Florine

  1. Super article et très complet ! Vraiment bravo pour tout ton travail de recherche sur les lagons calédoniens 🙏

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    1. Merci! j’en profite aussi pour te remercier pour tes conseils lors de ma decouverte de la Nouvelle-Caledonie!

      Répondre

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